Ghislain de Marsily

Ghislain de Marsily

« L’eau disponible devra être partagée par un plus grand nombre d’individus »

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Manque-t-on d’eau en France et risque-t-on d’en manquer ? Globalement, non. La France doit seulement faire face à des épisodes de sécheresse.
Les changements climatiques à venir sont difficiles à prévoir, mais ils ne devraient pas faire baisser significativement le volume des ressources utilisées pour l’eau potable.

Et à l’échelle planétaire ? Certains pays d’Amérique latine et du sud de la Méditerranée, par exemple, devraient voir le niveau de leurs ressources baisser, contrairement aux tropiques et à l’Europe du Nord. Le risque le plus sérieux concerne les zones de mousson, qui subissent des périodes de sécheresse sévères pouvant entraîner des famines. Le problème est également d’ordre démographique : l’eau disponible devra être partagée par un plus grand nombre d’individus.

Quelles mesures pour protéger nos ressources ? Quand les flux naturels diminuent trop, il faudrait réserver l’eau aux usages prioritaires. En termes qualitatifs, je propose de créer des « parcs naturels hydrologiques », c’est-à-dire dédier certains bassins versants à la seule production d’eau potable.

• Ghislain de Marsily est un spécialiste international des ressources en eau.
Il est membre de l’Académie des Sciences, professeur à l’Université Paris VI, et auteur notamment du rapport sur « Les Eaux continentales » (Édition EDP Sciences, Paris, 2006).

Questions/ Réponses

Nous manquons d’eau et nous laissons les cultivateurs installer des pompes qui débitent 80 mètres cubes par heure. Qu’en pensez-vous ?

La situation globale de la France est celle d’un pays bien doté en eau, tempéré et capable de soutenir une agriculture exportatrice, au moment où la demande mondiale d’alimentation est en forte augmentation. L’irrigation en France n’est souvent qu’une irrigation de complément et elle a permis de sécuriser les rendements dans bien des régions avec relativement peu d’eau.

Les situations de pénurie d’eau peuvent cependant apparaitre en France dans des contextes locaux, qui nécessitent alors des réponses structurelles (infrastructures, réglementation), ou de gestion de crise (interdictions temporaires). La réunion du comité national sécheresse par le MEDAD dès le 12 février 2008, qui a alerté sur les risques et sur le rôle de l’irrigation montre bien que les pouvoirs publics et les acteurs sont mobilisés sur ce sujet.

Il est également souhaitable d’adopter une vision d’ensemble sans opposer frontalement les points de vue de l’agriculture et de l’environnement. Les solutions durables consistent à simultanément restaurer les écosystèmes et nourrir la population de la planète, ce qui nécessitera des choix et des compromis.