Jean Jouzel, climatologue

Jean Jouzel, climatologue

« Il existe un vrai risque sur la ressource en eau »

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Plus de précipitations dans certaines régions du monde, plus de sécheresse dans d’autres… Le réchauffement climatique a une influence importante sur l’eau.

Quels sont les principales conséquences du réchauffement climatique sur l’eau ?
C’est sur l’eau que pèse l’une des grandes conséquences du réchauffement climatique. Le régime des précipitations risque de changer. Là où il pleuvait beaucoup, il pourrait pleuvoir encore plus, par exemple dans le nord de l’Europe. A l’inverse, il existe un risque de réduction des précipitations dans les zones plus chaudes, comme le pourtour méditerranéen. Le réchauffement climatique peut donc provoquer davantage d’inondations ou de sécheresse suivant l’endroit du globe. D’ores et déjà avec un réchauffement actuel de 0,4 à 0,5° C, on constate des précipitations beaucoup plus intenses qui ravinent les sols et alimentent moins les nappes phréatiques.

Il existe donc un risque pour les ressources en eau ?
Dans notre pays, on trouvera toujours de l’eau, mais peut-être plus difficilement. En revanche, dans certaines régions du monde, il existe un vrai risque sur la ressource en eau, avec vraisemblablement des tensions entre les états pour l’accès à cette ressource.

Qu’en est-il des conséquences du réchauffement climatique sur le niveau des mers ?
La fonte des glaciers commence déjà à provoquer une élévation du niveau des mers. Au rythme actuel du réchauffement climatique, on devrait atteindre une hausse moyenne du niveau des mers de 40 centimètres. Il existe un vrai débat scientifique sur le sujet…

Que pensez-vous des résultats du sommet de Copenhague ?
Du point de vue scientifique, c’est très décevant. Avec les propositions actuelles, on ne voit pas très bien comment on pourrait rester dans la limite des 2° C de réchauffement pour ce siècle. Du point de vue politique, il faut noter quelques avancées de la Chine, des Etats-Unis ou de l’Inde qui, pour la première fois, font quelques promesses, ce qui les impliquera davantage.

Questions/ Réponses

Nous manquons d’eau et nous laissons les cultivateurs installer des pompes qui débitent 80 mètres cubes par heure. Qu’en pensez-vous ?

La situation globale de la France est celle d’un pays bien doté en eau, tempéré et capable de soutenir une agriculture exportatrice, au moment où la demande mondiale d’alimentation est en forte augmentation. L’irrigation en France n’est souvent qu’une irrigation de complément et elle a permis de sécuriser les rendements dans bien des régions avec relativement peu d’eau.

Les situations de pénurie d’eau peuvent cependant apparaitre en France dans des contextes locaux, qui nécessitent alors des réponses structurelles (infrastructures, réglementation), ou de gestion de crise (interdictions temporaires). La réunion du comité national sécheresse par le MEDAD dès le 12 février 2008, qui a alerté sur les risques et sur le rôle de l’irrigation montre bien que les pouvoirs publics et les acteurs sont mobilisés sur ce sujet.

Il est également souhaitable d’adopter une vision d’ensemble sans opposer frontalement les points de vue de l’agriculture et de l’environnement. Les solutions durables consistent à simultanément restaurer les écosystèmes et nourrir la population de la planète, ce qui nécessitera des choix et des compromis.