René Seux

Une qualité d’assainissement de l’eau adaptée à chaque situation environnementale.

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Pourquoi est-il indispensable d’assainir l’eau avant de la rendre au milieu naturel ?

L’idée de rejeter dans le milieu naturel une eau non assainie revient à y déverser sa propre poubelle ! Afin de ne pas perturber les écosystèmes, la qualité de l’eau traitée doit être comparable à celle de l’eau qui se trouve déjà dans le milieu naturel. C’est d’ailleurs l’esprit de la directive européenne adoptée en l’an 2000. Elle ne définit pas de composition chimique idéale à retrouver, mais elle fixe aux États membres un objectif clair : atteindre le bon état écologique de leurs eaux souterraines et de surface pour 2015.

Que se passerait-il si les eaux usées n’étaient pas assainies ?

Cela entraînerait une dégradation du milieu, néfaste à la survie de sa flore et de sa faune traditionnelles, par la prolifération d’algues et de micro-organismes, puis par la raréfaction de l’oxygène. Cela remettrait également en cause la possibilité de se baigner, de pêcher ou de cultiver les coquillages comestibles…

Les niveaux de traitement nécessaires sont-ils identiques partout ?

Non, justement. Il existe des spécificités naturelles : zones classées sensibles, zones où l’eau se disperse peu… et des usages particuliers, comme les loisirs ou la pêche. Certains endroits exigent donc une qualité d’assainissement de l’eau adaptée. En ce qui concerne les secteurs qui souffrent d’une pollution diffuse, l’exemple breton montre qu’il est possible d’atteindre cette qualité, en y consacrant les moyens nécessaires, y compris financiers.

Chercheur et professeur de sciences physiques à l’École nationale de Santé publique, René Seux est également membre du Conseil supérieur d’hygiène publique de France et du Comité « eau » de l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments)

Questions/ Réponses

Nous manquons d’eau et nous laissons les cultivateurs installer des pompes qui débitent 80 mètres cubes par heure. Qu’en pensez-vous ?

La situation globale de la France est celle d’un pays bien doté en eau, tempéré et capable de soutenir une agriculture exportatrice, au moment où la demande mondiale d’alimentation est en forte augmentation. L’irrigation en France n’est souvent qu’une irrigation de complément et elle a permis de sécuriser les rendements dans bien des régions avec relativement peu d’eau.

Les situations de pénurie d’eau peuvent cependant apparaitre en France dans des contextes locaux, qui nécessitent alors des réponses structurelles (infrastructures, réglementation), ou de gestion de crise (interdictions temporaires). La réunion du comité national sécheresse par le MEDAD dès le 12 février 2008, qui a alerté sur les risques et sur le rôle de l’irrigation montre bien que les pouvoirs publics et les acteurs sont mobilisés sur ce sujet.

Il est également souhaitable d’adopter une vision d’ensemble sans opposer frontalement les points de vue de l’agriculture et de l’environnement. Les solutions durables consistent à simultanément restaurer les écosystèmes et nourrir la population de la planète, ce qui nécessitera des choix et des compromis.