Sandrine Lavaud, Maître de conférences en histoire médiévale à l'université de Bordeaux 3

Sandrine Lavaud, Maître de conférences en histoire médiévale à l’université de Bordeaux 3

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Quelles ont été, dans l’histoire, les grandes étapes de la maîtrise de l’eau dans la ville de Bordeaux ?

Sous l’Empire Romain, l’eau participe, comme les grands monuments, à montrer la grandeur et le prestige de la ville. Au premier siècle av. J.-C. à Bordeaux, la mise en place de l’adduction d’eau, via les aqueducs et les fontaines, va de pair avec le développement de la voirie et l’édification de monuments religieux. Les puits se multiplient au Moyen Âge pour répondre à l’accroissement démographique de la ville. On en connaît 45 publics et 43 privés pour une population d’environ 25 000 à 30 000 habitants. La municipalité en a la responsabilité mais ne s’implique que très peu dans leur gestion. Elle intervient surtout sur les esteys, des petits cours d’eau, affluents de la Garonne ou de la Dordogne soumis au flux de la marée. Ces esteys deviennent essentiels au développement de la ville. On y installe des ports pour faciliter les échanges commerciaux. On les utilise pour alimenter les grands moulins de Bordeaux, mais ils servent également d’égouts à ciel ouvert, ce qui ne va pas sans poser d’importants problèmes de salubrité.

À quelle période les réseaux d’eau voient-ils le jour ?

L’aménagement du réseau d’eau débute au XVIIe siècle mais se développe surtout au XVIIIe siècle. La construction des réseaux d’eau relève alors de la charge des intendants du roi et des architectes. Elle vise à la fois à faire face au développement démographique de la ville et à entretenir son prestige. C’est également à cette époque, qu’émerge la notion d’hygiénisme. Il s’agit de rendre la ville salubre en fournissant de l’eau « potable » aux habitants, selon les critères de l’époque et en assurant le nettoyage des rues. La gestion de l’eau devient une vitrine de l’action politique menée par l’intendant du roi. Soucieux de leur image, les intendants mettront en œuvre toute une série de projets, dont certains très utopiques, à l’image de celui imaginé par Dupré de Saint Maur censé faire de Bordeaux une sorte de Venise du Sud-Ouest. Il n’a jamais été réalisé faute de moyens techniques et d’une véritable administration de l’eau qui se mettra progressivement en place au XIXe siècle.

Quel héritage avons-nous gardé de ce passé ?

L’eau a perdu sa dimension de prestige pour devenir utilitaire. Les fontaines ont désormais de plus en plus de mal à s’imposer dans le domaine public. Elles ne correspondent plus à un objet d’usage quotidien. La disponibilité permanente de l’eau à domicile a fait un peu oublier les enjeux de l’eau. En revanche, les préoccupations sanitaires et la volonté de rendre l’eau accessible au plus grand nombre ont perduré.

Questions/ Réponses

L’eau de mon robinet est-elle une eau usée qui a été retraitée ?

Non. Les eaux usées ne sont pas traitées pour être distribuées ensuite aux robinets des consommateurs. Les eaux usées, une fois épurées, sont restituées au milieu naturel.