Table ronde

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Hugues Haeffner, ingénieur hydrogéologue de Lyonnaise des Eaux, a répondu à vos questions.

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L’eau est un sujet qui vous intéresse ?
Vous aussi, posez-nous vos questions ou faites-nous part de vos suggestions pour préserver cette ressource…

L’essentiel de la table ronde

Marcel Labitte Marcel Labitte, 60 ans, retraité SNCF (Lilles-Hélemmes).
Risque-t-on à terme une pénurie d’eau en France ?
H. H. : Aucune donnée objective ne peut le confirmer. De plus, la ressource ne peut pas être pensée de façon nationale mais locale. Par exemple, le bassin Artois-Picardie dispose de 800 m3 d’eau par habitant contre 6000 m3 pour la région Rhône-Méditerranée-Corse. On dit que des nappes phréatiques s’épuisent. En général, ce n’est pas vrai. Si les rivières coulent en été, c’est que ces nappes sont pleines. En revanche, certaines nappes, comme en Gironde autour de Bordeaux, sont surexploitées. Nous cherchons alors d’autres nappes dans lesquelles puiser. Diversifier les ressources et les interconnecter par des réseaux sont les meilleures techniques pour ne pas épuiser ces ressources. Notre priorité aujourd’hui n’est pas la quantité mais la qualité de l’eau. Pour cela, il faut veiller à ce que les nappes ne soient pas souillées, grâce à des actions de prévention, mais également de restauration.
Thierry Jaillard Thierry Jaillard, 46 ans, chargé de sécurité.
Pour que les nappes phréatiques ne soient jamais épuisées, pourquoi ne stocke-t-on pas l’eau ?
H. H. : On le fait déjà avec les barrages, mais une partie de l’eau peut alors s’évaporer et les barrages peuvent avoir un impact négatif sur l’environnement. En revanche, le stockage est pratiqué dans une plus petite mesure pour l’irrigation et on sait aussi très bien réalimenter les nappes.
Maxime Barnier Maxime Barnier, 21 ans, étudiant en droit (Paris XIVe).
La mer est une ressource très présente en France. Le dessalement peut-il être une solution à la pénurie ?
H. H. : Oui, dans les pays très secs, comme au Moyen-Orient. En France, cela coûte trop cher : le mètre cube d’eau potable coûte de 10 à 50 centimes à produire alors que celui d’eau de mer à dessaler coûte entre 0,5 et 2 euros. Cette technique est de plus très consommatrice d’énergie.
Agnès Desjobert Agnès Desjobert, 26 ans, acheteuse dans le textile (Paris XVIIe).
On nous demande de consommer moins d’eau, presque en nous culpabilisant. Est-ce justifié ?
H. H. : Entre gaspillage et rationnement, il y a le bon usage de l’eau. L’important est que chacun adopte un comportement raisonnable.
Il faut relativiser : en France, nous utilisons indirectement l’eau à 80% pour l’alimentation, à 15 % pour l’industrie et à 5% pour les usages domestiques.
Carole Sourice Carole Sourice, 35 ans, chargée de clientèle en formation continue (Nantes).
Alors, faut-il quand même continuer à économiser l’eau ?
H. H. : Le message envoyé aux consommateurs est : « Faites attention à l’eau ».
Mais il faut savoir que les solutions collectives sont à la fois plus économiques et plus efficaces que les solutions individuelles. Ainsi, collectivement, on peut diminuer les pertes des réseaux pour un coût assez faible, comparé au coût que peuvent représenter les solutions individuelles.

Les autres points abordés lors de la table ronde, et les points clés à retenir :

Le montant de notre facture d’eau comprend une partie pour l’assainissement des eaux usées. Cela suffit-il à en assainir la totalité ? Que devient cette eau recyclée ?

• 37% du montant de la facture est destiné à traiter la totalité des eaux usées
• Dans 99% des cas, l’eau traitée est rejetée en milieu naturel (mer, rivière ou bassin pour infiltration, mais cela reste plus rare)
• L’eau recyclée permet l’irrigation, la vie en milieu aquatique et la baignade en mer
• A noter : L’eau traitée n’est pas potable

Que recherchez-vous dans les eaux usées ? Que faites-vous des déchets extraits ?

• Il existe une réglementation très stricte sur la recherche des matières des eaux usées
• Le carbone : ce sont les matières organiques qui nuisent à la vie des poissons
• L’azote et phosphate : ils engendrent l’eutrophisation des rivières (couleur verte + développement des algues)
• Déchets = boues
• En zone rurale : elles sont répandues en agriculture
• En ville : incinération car pas d’assez bonne qualité
• La valorisation énergétique : il s’agit de la production d’énergie des stations d’épuration à partir des déchets. La transformation des déchets en engrais est un projet pour l’avenir.

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Questions/ Réponses

Nous manquons d’eau et nous laissons les cultivateurs installer des pompes qui débitent 80 mètres cubes par heure. Qu’en pensez-vous ?

La situation globale de la France est celle d’un pays bien doté en eau, tempéré et capable de soutenir une agriculture exportatrice, au moment où la demande mondiale d’alimentation est en forte augmentation. L’irrigation en France n’est souvent qu’une irrigation de complément et elle a permis de sécuriser les rendements dans bien des régions avec relativement peu d’eau.

Les situations de pénurie d’eau peuvent cependant apparaitre en France dans des contextes locaux, qui nécessitent alors des réponses structurelles (infrastructures, réglementation), ou de gestion de crise (interdictions temporaires). La réunion du comité national sécheresse par le MEDAD dès le 12 février 2008, qui a alerté sur les risques et sur le rôle de l’irrigation montre bien que les pouvoirs publics et les acteurs sont mobilisés sur ce sujet.

Il est également souhaitable d’adopter une vision d’ensemble sans opposer frontalement les points de vue de l’agriculture et de l’environnement. Les solutions durables consistent à simultanément restaurer les écosystèmes et nourrir la population de la planète, ce qui nécessitera des choix et des compromis.