Trois questions à … François Grether, architecte urbaniste

Trois questions à … François Grether, architecte urbaniste

« Il est nécessaire de partager les considérations sur le cycle de l’eau avec les habitants et acteurs concernés »

  • Imprimer cet article
  • Envoyer cet article

Comment définir un éco quartier ?

François Grether : Dans les villes françaises, le succès rapide du terme « écoquartier » exprime avec force les attentes collectives de développement durable pour les transformations urbaines d’aujourd’hui et la recherche d’exemplarité dans ce domaine.

Cependant, l’expression évoque au passage une forme de nostalgie pour le « quartier », notion assez floue qui englobe les dimensions du voisinage et les conditions de vie de proximité. Aucun critère n’étant retenu pour l’appellation d’écoquartier, celle-ci désigne tout autant certains lotissements de quelques maisons individuelles, que des projets urbains de grande ampleur ; mais il s’agit toujours d’un fragment de ville en construction et presque jamais d’intervention sur l’existant.
Parmi l’ensemble des thèmes du développement durable, les actions généralement privilégiées sont celles qui concernent les économies d’énergie, le recours aux énergies renouvelables, les relations avec les éléments de nature, le recueil et la gestion des eaux pluviales, le traitement des sols pollués, les conditions de déplacements et, dans une moindre mesure, les matériaux de construction.

Comment mettre en scène le spectacle de l’eau dans la ville ?

François Grether : Les villes sont depuis leur origine liées à l’eau, comme ressource, vecteur de transport, besoin d’évacuation, etc. Partout dans le monde, les quartiers et quais portuaires, les rives fluviales, les fronts de mer, le cours des rivières sont mis en valeur dans la perspective d’exprimer le renouveau contemporain de chaque ville : un renouveau d’ordre sensible pour les attraits du paysage, de la détente, des loisirs…
Dans cette optique, la singularité de chaque site prime. Il me semble que ce serait une erreur de définir quels sont les moyens ou les modalités du spectacle de l’eau, là où chaque projet réclame une démarche particulière. Ainsi, j’ai eu la possibilité de contribuer à des aménagements très variés, tels que ceux de La Villette sur le bassin et les canaux parisiens, de Paris rive gauche sur la Seine, de Lyon Confluence entre Saône et Rhône avec sa place nautique, des terrains Renault avec l’île Seguin à Boulogne-Billancourt, des quais et du parc de la Loire à Orléans, et actuellement du littoral de Charente maritime après la tempête Xynthia et des berges de la Maine à Angers.

Comment réduire l’empreinte de l’eau dans les grandes métropoles ?

François Grether : Vaste question ! Il me semble tout d’abord nécessaire de sortir de logiques techniciennes excessivement isolées et de partager la prise en considération du cycle de l‘eau avec les habitants concernés et acteurs. Puis, sans doute faut-il faire progresser les systèmes d’assainissement de manière plus déconcentrée et mieux intégrée à l’organisation urbaine. Enfin, des avancées importantes restent à imaginer pour de multiples formes de recyclage des eaux de pluies et des eaux usées.

François Grether est architecte urbaniste. Fondateur de l’atelier Grether en 1992, il a réalisé la conception de grands projets urbains (Euralille, Amiens Quartiers Nord, la Confluence et Gerland à Lyon, l’Ile Seguin à Boulogne-Billancourt), de quartiers d’habitat social (Belfort, Nantes, Saumur) et de nombreux projets liés aux rivages et aux ports, comme Clichy-Batignolles avec son parc et ses bassins de recueil et lagunage des eaux pluviales, ou les Vaites à Besançon, avec ses noues et son ruisseau.

Entretien initialement réalisé pour le site Idées neuves sur l’eau : www.ideesneuvessurleau.net

Questions/ Réponses

Nous manquons d’eau et nous laissons les cultivateurs installer des pompes qui débitent 80 mètres cubes par heure. Qu’en pensez-vous ?

La situation globale de la France est celle d’un pays bien doté en eau, tempéré et capable de soutenir une agriculture exportatrice, au moment où la demande mondiale d’alimentation est en forte augmentation. L’irrigation en France n’est souvent qu’une irrigation de complément et elle a permis de sécuriser les rendements dans bien des régions avec relativement peu d’eau.

Les situations de pénurie d’eau peuvent cependant apparaitre en France dans des contextes locaux, qui nécessitent alors des réponses structurelles (infrastructures, réglementation), ou de gestion de crise (interdictions temporaires). La réunion du comité national sécheresse par le MEDAD dès le 12 février 2008, qui a alerté sur les risques et sur le rôle de l’irrigation montre bien que les pouvoirs publics et les acteurs sont mobilisés sur ce sujet.

Il est également souhaitable d’adopter une vision d’ensemble sans opposer frontalement les points de vue de l’agriculture et de l’environnement. Les solutions durables consistent à simultanément restaurer les écosystèmes et nourrir la population de la planète, ce qui nécessitera des choix et des compromis.